le père protocolaire
Avoir un père protocolaire, que cache cette expression ? En flot d'idées non agencées ça donnerait le portrait de mon géniteur résidant. Le concept est simple : Une situation, une action auquel il faut réagir et un ensemble de protocoles (hérités de l'expérience et de l'éducation haïssable de ma grand mère) pour y répondre. Jusque là, c'est plutôt flou. Grossissons les traits. Une situation milles fois vécue : une scène de table. Tout le monde s'affaire à manger selon le reste de convenances qui n'a pas foutu le camp chez chacun, et au choix des ressources cognitives disponibles agrémente le repas d'un solo peu flatteur. S'en suit une discussion qui ne ricochent jamais dans le camp de mon père, définitivement enterré dans la découpe minutieuse d'une quelconque part de viande. Rien de bien extraordinaire jusque là dans ce mutisme. Mais plus que la race des pères démissionnaires, les pères protocolaires ont un sens aiguë de l'économie de moyen. Si par malheur la situation l'oblige à devoir extérioriser quoi que ce soit comme réponse ( obligation de bienséance, de répondre vite pour détourner les regards de soi ou encore de relancer un sujet qui le sauvera d'un pesant silence ), alors s'enclenche le joyeux processus de Protocole.
Ce terme désigne tout plan d'action à réaliser en cas de stimulus plus ou moins précis. Quand il s'agit de réaction corporelle comme cligner des yeux quand un objet approche, tendre l'oreille quand un son s'exclame ou bien encore retirer la main d'une plaque chaude, rien d'inquiétant. Quand il s'agit de protocoles langagiers ou dans le cadre d'un échange, c'est à la fois passionnant de loin et irritant de près. Protéger son ego trop « fragile » aux assauts du terrible monde extérieur en utilisant des protocoles de comportement et en se bourrant le crâne de concepts rassurants qui ne découlent sur aucune questions gênantes ( travailler pour gagner, ne pas jeter pour réutiliser, dieu n'existe pas, j'en passe et des biens meilleurs ), passé 50 ans j'en ai gros sur le coeur. Pourquoi vivre ? Qu'ai je accompli ? Comment gérer le temps imparti ? Autant de multiples fouets dont se Protéger n'éloigne que la peur de se regarder directement. Je n'attendrais pas de mourir pour entamer ce travail, m'enfin la vie d'autrui m'intéressera t elle s'il faut sans arrêt prendre les gens pour ce qu'ils sont en puissance ?
J'avais écris ce début d'article en pensant l'exemplifier à tout va pour pouvoir vider un peu ce capharnaüm de moments qui me rappellent par trop ce que la non-vie est. Maintenant j'ai juste grand peine pour lui...