C'était hier...

Publié le par Lara

Le temps passe et rien ne s'efface disait... euh, disait je ne sais plus qui.
 
Parce que j’ai cru l’apercevoir un soir… je ne l’ai pas oublié. Elle, et puis tout les autres.
B n’était qu’une enfant à cette époque, une dizaine d’années seulement. Sa mère était morte, son père absent, son frère méchant. La seule personne qui s’occupait d’elle était sa belle-mère, ignoble bonne femme, grosse et laide, caricature d’une mégère affreuse, un peu comme celle de Cendrillon. J’ai voulu l’aider, mais j’ai foiré. Sauf là fois où elle a voulu sauter du 15ème étage, ce soir là on a réussi.
Désormais elle est dans la rue. Elle est devenue très belle, très grande, très classe. Elle se drogue et bois, et je l’ai vu se prostituer. Je crois qu’elle ignore que je pense souvent à elle et que je suis triste de ce qu’elle est devenue.
 
D. Un amoureux transit. Petit homme d’une dizaine d’années aussi. Un père absent, inconscient des réalités, une mère folle (au premier degré), prônant le christ ou Satan à ses heures. En ce temps là, on était amoureux et je voulais l’aider lui aussi. Il avait tant de lacunes en orthographe… et moi j’avais soif d’aventure. On a échangé un peu.
Aujourd’hui, il est père de famille avec un boulot de merde. Mais il paraît qu’il s’en sort. On s’en sort toujours quand on ne réfléchi pas, c’est une loi immuable, le simple instinct de survie dépasse les maux que supportent les intellectuels. Il ignore que je pense encore à lui, avec le regret éternel d’une dispute infantile.
 
C. Une camarade de jeux. 12 ans. Père absent (comme toujours), mère irresponsable incapable de la moindre autorité. Elle poussait déjà la poussette des voisins à son âge, cette envie d’être mère à tout prix… de voir en l’enfant une porte de sortie, un petit être avec qui communiquer.
Mère de trois enfants aujourd’hui, toujours pas majeure. Fini les folles enjambées sur les balcons devant les voisins, elle se contente d’expliquer à son premier bébé pourquoi il n’avait déjà plus de père alors qu’il était encore un fœtus. Elle ignore que je pense à elle parfois… que j’aurais voulu la défendre davantage.
 
E. Ma voisine de palier. 16 ans, père inconnu (ça change), mère prostituée, paradoxalement sévère dans l’éducation. Fumeuse de shit de temps à autre, sérieuse, elle a toujours cherché à s’en sortir en essayant d’oublier qu’elle a mangé tous les jours de la nourriture payée avec l’argent des clients de sa mère. Son père était l’un deux, impossible de l’identifier véritablement.
Actuellement en ménage dans une grande ville, apparemment heureuse. Elle ignore qu’elle comptait beaucoup pour moi.
 
A. Une copine puis ennemie, puis copine. 15 ans. Mère suicidée, père inconnu. Placé dans une famille d’accueil avec une mère de substitution désemparée. Trop difficile de gérer cette gosse perturbée, pourtant pas méchante dans le fond. Aucun parent n’avait envie que son enfant ne la fréquente : « son regard est trop dur », « elle vole », « elle fume ». Elle a fait ce qu’elle a pu.
Désormais mère de trois enfants. Les deux premiers sont du même père. La première enfant est placée. La seconde dans les mains du père. La troisième avec sa mère et son père dans un appartement du quartier où la mère a grandi. Elle m’a téléphoné il y a peu, comme bugué sur le temps passé. Je ne trouve plus rien à lui dire… c’est ça qu’elle ignore.
 
 
N, M, L et C, V et tellement d’autres. Avec un parcours plus ou moins similaire. Adam était le seul dont les parents étaient à peu près équilibrés (enfin à l’époque). Ce soir c’est son anniversaire, enfin hier maintenant. 22 ans. On a parlé du bon vieux temps, de tout les cas énumérés… il y a eu du bon dans le mauvais et du mauvais dans le bon. Au final on a pu sauver personne, on a essayé de se sauver nous déjà, sans parvenir à savoir si la mission a réussie. Je suis une des rares à ne pas avoir de bébé, ni de mari, ni d’appartement. J’aurais voulu qu’ils développent une conscience pour pouvoir les garder ou au moins avoir de meilleures nouvelles.
 
A ceux qui passeraient par là en se disant que j’habitais un quartier de cas sociaux, sachez que c’est la même chose dans des centaines de quartiers. Mais tout le monde s’en fou ou personne ne fait gaffe.
 
 
Parce que tu ne me lis pas mais que tu comprends au mot près tout ça,
Parce que tu m’as tiré de cet enfer où j’allais m’éventrer…
Parce qu’il t’arrive de mentir et de me prendre pour la dernière des connes,
Parce que personne ne comprendra jamais pourquoi je te pardonne tout,
Et parce que toi seul connaît l’entière vérité,
« Joyeux » anniversaire mon bouchon.
Je t’aime.
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L
Ce sera fait :)
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L
... :/ *fais un calin à sa déese*Tu lui transmettras un joyeux anniversaire de ma part aussi...
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